conversation avec Dmitry Popov Conservateur du Musée Nicholas Roerich À New York

Escalier intérieur du Musée Nicholas Roerich, New York. Photo : M. Mobengo, mars 2026.
À l’occasion du centenaire de Primordial America, le Nicholas Roerich Museum consacre une exposition exceptionnelle à l’un des aspects les plus visionnaires de l’œuvre de Nicholas Roerich : sa fascination pour les cultures premières, gardiennes d’une mémoire symbolique universelle.
À l’approche de l’inauguration de l’exposition du centenaire de Primordial America au Nicholas Roerich Museum, Revue Révolution publie un entretien avec son conservateur, Dmitry Popov, qui en éclaire les enjeux symboliques et historiques. Cette exposition exceptionnelle réunit des œuvres issues de sa collection personnelle — peintures d’artistes autochtones d’Amérique de 1926 à 2026, photographies et archives rares — mises en dialogue avec l’œuvre de Nicholas Roerich autour de la mémoire spirituelle des peuples premiers.
Primordial America invite à penser l’histoire humaine comme la survivance d’archétypes, de mythes et de formes sacrées traversant les âges.
Les lecteurs peuvent d’ores et déjà découvrir gratuitement le catalogue de l’exposition en ligne, ou en acquérir la version imprimée en anglais.
MURIELLE MOBENGO:

DMITRY POPOV, vous êtes conservateur et responsable des collections du musée Nicholas Roerich. Vous êtes russe, vivez et travaillez à New York ; également traducteur, vous avez traduit les Brahma Sutra et la Bhagavad Gita du sanskrit au russe; vous êtes collectionneur d’art autochtone d’Amérique ; et enfin écrivain, poète et illustrateur de vos propres récits.
Quelle créativité débordante!
Revue Révolution, inspirée par la philosophie yogique, s’est depuis longtemps intéressée à la possibilité de réunir l’Orient et l’Occident, la tradition et l’expression contemporaine, mais aussi, tous les champs du savoir. En découvrant votre travail au musée Nicholas Roerich, j’ai eu le sentiment de rencontrer cette possibilité incarnée.
Cette synthèse de rôles — conservateur, philosophe, traducteur, écrivain, artiste — est en elle-même l’héritage de Nicholas Roerich en mouvement. Avant de parler du musée, puis-je vous demander comment ce chemin s’est révélé à vous ? Avez-vous fait l’effort conscient d’intégrer ces vocations distinctes en vous, ou bien, cela s’est produit naturellement ?

DMITRY POPOV:
Pour ce qui est de ma vie créative ou professionnelle, je n’ai jamais vraiment pris de décisions arrêtées ni cherché à suivre une logique particulière. Je me suis contenté d’aller là où la vie m’appelait, j’ai suivi mon cœur. Par un remarquable concours de circonstances, ces différents chemins et métiers se sont peu à peu tissés en une seule étoffe. Tout s’est avéré connecté à tout le reste.
J’ai appris à travailler avec ardeur lorsqu’il le faut, et à prendre mon mal en patience lorsqu’il le faut.
Quand j’étais plus jeune, par exemple, j’étais passionné par l’écriture et je me suis essayé à la prose et à la poésie. Mais lorsque j’ai vu la pauvreté de ce qui sortait de ma plume, j’ai été profondément déçu et j’ai abandonné, persuadé de n’avoir aucun talent. Et puis, après avoir vécu plus d’un demi-siècle, après avoir emmagasiné dans l’âme une vaste réserve de connaissances, de pensées et de sentiments, je me suis soudainement découvert la capacité d’écrire des romans, des nouvelles et des poèmes.
Quant à ma carrière muséale, elle a débuté à la fin de mes études universitaires. Je me suis rendu tout droit dans mon musée préféré pour demander un emploi. On me l’a refusé, et la vie m’a conduit ailleurs. Quinze ans plus tard, ce même musée m’a proposé un poste. J’ai accepté, avec toutes les conséquences qu’impliquait le fait de devenir conservateur [du musée Nicholas Roerich à New York].
Au lycée, je d’adorais les livres, mais j’étais à mille lieux de m’imaginer pouvoir en faire un métier. Puis un jour, un homme m’a approché avec une proposition de partenariat. Il avait des moyens financiers et des compétences de gestion ; il lui manquait quelqu’un de cultivé et de créatif. Ensemble, nous avons formé une merveilleuse équipe et publié une remarquable bibliothèque d’ouvrages sur la culture spirituelle de l’humanité à destination des lecteurs russophones.
Jeune chercheur sur l’héritage de Nicholas Roerich, je me suis lié d’amitié avec le directeur du musée Roerich [à Moscou]. Dès que le Rideau de fer est tombé, j’ai pu y occuper un poste. À l’instant même où je suis arrivé dans ce musée, je me suis senti chez moi, mais je n’ai rien dit, car j’avais déjà appris la valeur de la patience. Vingt ans plus tard, on m’a invité à en devenir le conservateur, et j’ai accepté sans hésiter.
D’après mon expérience, la vie nous donne d’abord certaines capacités et inclinations intérieures, mais pas toujours les moyens de les réaliser dans l’immédiat. Tout l’art consiste à sentir là où effort ou attente sont requis, fût-ce pendant dix ans ou davantage. C’est par ce savant mélange que le bonheur se manifeste, tout autant que la véritable réalisation de soi.

Faire croître l’oasis silencieuse
Je viens souvent au musée Nicholas Roerich. Dans une ville aussi bruyante, c’est une oasis de beauté, de silence et de profondeur (une fiérté new yorkaise que l’on souhaite garder pour soi). C’est un lieu accueillant, chaleureux, tout autant qu’il est captivant, propice à la contemplation. On est bien loin des musées situés à quelques rues de là.
Comment faites-vous pour préserver cette intimité chaleureuse, ce lieu suspendu hors du temps ? À quoi ressemble réellement une journée de votre vie au musée Roerich ? Loin de vos tâches officielles, parlez-nous des heures cachées, des décisions muettes, des rencontres avec des objets et des textes que nous, visiteurs, ne verront probablement jamais.
Dmitry Popov:
Oui, une fois encore vous touchez aux mystères qui se déploient au sein des institutions culturelles et dans le cœur de ceux qui y travaillent. Cela vaut pour les conservateurs de musée, les éditeurs, et bien d’autres encore. Les visiteurs et les lecteurs ne voient que le résultat final. Certains ont même l’impression que les choses adviennent comme elles doivent advenir, presque d’elles-mêmes, et que le conservateur ou l’éditeur ne fait que permettre au processus de se dérouler, sans trop l’entraver.
À ce sujet, la réaction de notre régisseur est particulièrement édifiante. Il fait toujours la même observation, c’est quasi cérémonial tant il se répète :
« Eh bien, nous y revoilà, vous avez encore tout refait. La dernière fois, vous disiez pourtant que c’était bien, comme vous venez de le faire à l’instant. Mais vous allez tout changer plus tard, encore une fois… »
Il prononce toujours les mêmes mots avec une sincérité totale et la perplexité d’un homme confronté à l’un des plus grands mystères de l’univers (sourire). Pourquoi améliorer ce qui était déjà bon ? Pourquoi ce qui est “terminé” ne reste-t-il jamais terminé ? À sa manière, il exprime l’essence-même de ce métier.
[C’est vrai qu’on refait tout, tout le temps] Mais nous voyons aussi les résultats de notre travail dans les pensées et les émotions exprimées par les visiteurs. Grâce à eux, nous savons que nos efforts n’ont pas été vains. J’essaie toujours de savoir si les gens remarquent notre travail, et il s’avère qu’ils remarquent tout : les changements dans la structure et la logique interne de l’exposition, l’apparition de nouvelles œuvres et de nouveaux supports interprétatifs, les intérieurs repensés, un nouveau système d’éclairage. Rien ne leur échappe. Ça nous fait chaud au cœur.
Donc, en pratique, tout ce qui est visible du public n’est que le sommet émergé de l’iceberg, soutenue par une masse de travail bien plus vaste cachée sous la surface.
Comment ce processus se déploie-t-il au quotidien ? Où commence-t-il, qu’est-ce qui le soutient, comment prend-il forme ? Franchement, pour moi aussi, cela demeure une sorte de mystère, mais un mystère vivant!
Pour que la magie opère, il faut étudier constamment et attentivement, faire œuvre de réflexion ininterrompue, une contemplation méditative de l’ensemble de la collection, et puis, mettre à l’épreuve nos idées en procédant par tests divers et combinaisons, un peu comme dans Le jeu des perles de verre de Hermann Hesse. Il faut également être ouvert, prêt à reconnaître les erreurs qui peuvent survenir. Pour moi, c’est un flux continu sans frontières nettes ni règles fixes.
Une pensée peut me troubler avant le sommeil, puis, en prenant ma douche le lendemain matin, une réponse surgit dans mon esprit. Alors, durant la journée, je teste ou je mets de côté pour y réfléchir plus tard.
Le matin, l’esprit est ouvert, prêt à recevoir de nouvelles informations, de nouvelles idées, à faire de nouvelles recherches. Mais à propos de quoi exactement ? Qui peut le savoir d’avance ? Et ça, c’est merveilleux. Autrement, la vie serait ennuyeuse.
Nouvelles informations, réflexion, hypothèses, vérification, conclusions. Nouvelles tâches, gestes familiers, tourments de la création, espérances, échecs, découvertes heureuses.
Tout cela se tisse dans une toile énigmatique. J’ai tenté de vous la décrire. J’ai probablement échoué.
Voyage intérieur en terre indigène des Amériques

Dessin de l’artiste lui-même au centre d’un labyrinthe. L’archétype amérindien du Man in the Maze, présent dans la vannerie et l’orfèvrerie hopi, représente le voyage de la vie, ses choix et ses décisions. Généralement en noir et blanc, la spirale — forme archétypale universelle — symbolise le connu et l’inconnu réunis dans une même expérience culminant en connaissance. Plus sur le sujet dans la fiche Myth in Motion de Revue Révolution.
Vous êtes également collectionneur d’art contemporain autochtone d’Amérique. Depuis longtemps, j’ai une admiration sans borne pour l’art haïda. Les totém du Museum d’histoire naturelle de New York sont magnifique: ces impossibles ovoïdes, ce dialogue intime entre l’esprit, l’humain et l’animal, la modernité d’une esthétique pourtant ancienne, sans parler de ce grand peuple, qui a su intégré l’art si profondément à son identité collective qu’il est devenu inséparable de la vie elle-même. J’y perçois des résonances avec certaines formes d’art spirituel en Inde, du Kalamkari aux peintures murales du Kerala.
Qu’est-ce qui vous a d’abord attiré — intuitivement et personnellement — vers cette tradition ? En apparence, elle semble éloignée de votre héritage russe et du monde indo-tibétain associé à Nicholas Roerich. Pourtant, un motif semble se dessiner. Nicholas Roerich attiré par l’Himalaya, Helena Blavatsky par le Tibet, vous-même par l’Amérique autochtone. Cela suggère quelque chose de plus profond : une quête de “l’autre” qui élargit le soi et affine la perception, l’Orient agissant peut-être comme force médiatrice et unifiante.
Dmitry Popov:
Oh, c’est à la fois simple et profond.
Comme beaucoup de garçons et de filles de Russie, j’étais fasciné par le monde des peuples autochtones d’Amérique. Tout m’attirait : la nature sauvage, la géographie, la flore et la faune, et surtout la manière de vivre de peuples qui semblaient faire organiquement partie de la nature elle-même. Cette fascination est d’ailleurs un leg culturel de la fin du XIXe siècle en Europe.
Au début, je lisais tout ce qui me tombait sous la main à propos de l’Amérique du Nord et du Sud et de ses peuples indigènes. Avec le même enthousiasme, je passais à l’Afrique, ses nombreuses cultures, puis la Sibérie et ses peuplades, reliées par la Tchoukotka et l’Alaska. Mais avec le temps, mon intérêt s’est concentré particulièrement sur l’Amérique du Nord et son macrocosme culturel distinct.
Plusieurs facteurs ont sans doute contribué à cela. D’abord, l’abondance extraordinaire de sources issues de la littérature et de la recherche états-uniennes et canadiennes. Ensuite, la remarquable diversité des modes de vie, des cultures et des formes artistiques autochtones à travers le continent.
Par ailleurs, le lien historique de la Russie avec ces peuples autochtones d’Amérique (comme l’Angleterre, la France et l’Espagne) a peut-être compté dans mon désir naturel d’explorer plus en avant l’histoire des peuples paléo-indiens. [1]
Les relations entre l’Asie et l’Amérique sont sans doute bien plus profondes et complexes que nous ne le comprenons encore. Il suffit de penser aux recherches considérables menées ces vingt-cinq dernières années sur les résonances entre la culture spirituelle navajo et le bouddhisme tibétain. [2]
Quant à Nicholas Roerich, il a suivi un chemin très proche du mien puisqu’il nourrissait un profond intérêt pour les cultures de l’âge de pierre et leur archéologie, les petits peuples du nord de la Russie et de la Sibérie, les affinités entre la Mongolie et le Sud-Ouest américain, et enfin, pour l’Amérique autochtone comme une sorte d’Extrême-Orient ultime.
Et je crois que vous avez raison de suggérer que l’Orient indo-tibétain a servi de force spirituelle unificatrice pour l’humanité. Homo sapiens, en tant qu’espèce biologique, a émergé d’Afrique, tandis que des grands carrefours de l’Hindoustan et de l’Asie centrale sont partis d’innombrables fils — moins biologiques que culturels — qui se sont étendus à travers une grande partie de la planète.
Nous ne parlons pas seulement d’amour de la nature, mais de la perception de soi comme faisant partie de la nature elle-même.
— Dmitry Popov, conservateur & Directeur de Collection au Musée Nicholas Roerich, New York
collectionner, vivre au milieu des œuvres & les partager
Les premières expositions d’artistes pueblo et navajo à New York ont été organisées par Nicholas Roerich. Ces œuvres font aujourd’hui partie de votre propre collection. Est-elle accessible au public, ou le sera t-elle dans le futur? Et comment l’avez-vous composer personnellement, en chercheur, en collectionneur, en homme qui a manifestement vécu avec ces œuvres ?

Dmitry Popov:
Je dois avouer que ce qui me fascine depuis la jeunesse, dans la poésie traditionnelle comme contemporaine, et dans les arts visuels anciens comme nouveaux, c’est son lien organique et inséparable avec la nature.
Nicholas Roerich répétait souvent une phrase, attribuée aux anciens Mayas, qu’il aimait profondément :
« Vous qui apparaîtrez ici dans l’avenir ! Si votre esprit comprend, vous demanderez : Qui sommes-nous ? Interrogez l’aube, interrogez la forêt, interrogez la vague, interrogez la tempête, interrogez l’amour. Interrogez la terre — la terre de souffrance et la terre bien-aimée. Qui sommes-nous ? Nous sommes la terre. »
Quelque chose d’essentiel s’exprime ici. Il ne s’agit pas seulement d’amour de la nature, mais de la perception de soi comme faisant partie intégrante de la nature elle-même — comme les montagnes et les plaines, les forêts et les rivières, les plantes, les animaux, les nuages et les vents.
À son arrivée à Santa Fe, Nicholas Roerich rencontra Edgar Lee Hewett, l’une des grandes figures de l’ethnologie, de l’archéologie et du monde muséal du Sud-Ouest américain à l’époque. Dès leur première rencontre, ils furent unis par un amour commun de la nature sauvage, de l’archéologie, des cultures des peuples premiers, des arts visuels, du travail muséal et de la recherche philosophico-religieuse.
Le professeur Edgar Lee Hewett fut aussi parmi les premiers à prendre au sérieux les artistes autochtones de San Ildefonso Pueblo et d’autres pueblos du Nouveau-Mexique. Il leur apporta son soutien en tant que collectionneur et mécène, puis chercheur et critique. Nicholas Roerich, naturellement touché par cette démarche, demanda aux directeurs des institutions qu’il avait fondées à New York d’organiser d’abord une exposition d’artistes pueblo issue de la collection Hewett, puis de commencer leur propre collection.
Mes premières acquisitions, par un curieux clin d’œil du destin, appartenaient aussi à la culture pueblo. Au début, j’achetais simplement des œuvres d’art que j’aimais. Mais ma passion pour la recherche m’a rapidement conduit vers une étude plus profonde des traditions artistiques autochtones, ainsi que des écoles, mouvements et styles de l’art autochtone du XXe siècle dont ces œuvres découlent.
De là est né le désir de réunir des œuvres représentant la vitalité de ces nombreux courants. Cette approche systématique est devenue la force motrice de mon travail dans ce domaine. En tant que conservateur, j’ai commencé à créer une exposition soigneusement pensée sur les murs de mon propre appartement : Art Pueblo et Navajo du sud-ouest, Ojibwé, Cree, Iroquois de forêts du nord, œuvres Sioux, et Cheyenne venues des Grandes Plaines, mais aussi Cherokee et Creek des forêts du sud, Gitxsan, Coast Salish, Haïda de la Côte nord-ouest, etc.

Avec l’aimable autorisation de Dmitry Popov et du Nicholas Roerich Museum.
Collection personnelle de Dmitry Popov.
Je souhaitais bien évidemment partager cette joie. Alors, de petites expositions commencèrent à voir le jour, des présentations indépendantes au sein d’expositions plus vastes. Le public fut très réceptif, renforçant mon enthousiasme.
Peu à peu, un petit musée privé dotée d’une collection permanente et de réserves internes prit forme chez moi.
Mon départ pour New York souleva une question : fallait-il rendre toutes ses œuvres à leur terre natale, aux artistes qui leur avaient donné le jour ? J’ai alors pensé à diviser ma collection (cent œuvres d’art) en deux parties artistiquement homogènes, pour en offrir une à un musée russe, et garder l’autre pour moi.
Le Musée-Institut d’État de la Famille Roerich accepta mon offre, et le transfert eut lieu. J’espère sincèrement qu’avec le temps cette petite collection, assemblée avec amour, trouvera le chemin du public.
Ainsi, à New York, un appartement sur l’Upper West Side, le mien, devint mon nouveau musée. Pour l’instant, seuls la famille et les invités peuvent en contempler les trésors. Le surplus se tient là, ouvert à de nouvelles possibilités…
Mon acquisition la plus récente et la plus importante est une petite collection de peintures et de dessins achetés lors d’une exposition d’étudiants en écoles d’art autochtones à Phoenix. À mes yeux, ils ont apporté un élément nouveau et nécessaire à ma collection.
Quant à l’histoire des expositions amérindiennes de l’ancien musée Roerich, cette année marque exactement le centenaire de la première d’entre elles. C’est pourquoi nous avons décidé d’organiser en juin une exposition réunissant les œuvres de Nicholas Roerich consacrées à l’Amérique autochtone et des œuvres d’artistes autochtones issues de ma collection.

Pour moi, avoir la possibilité de partager ces trésors avec d’autres est une joie qui récompense tous les efforts.
Le vrai bonheur, ce serait de participer à la création d’un petit musée consacré aux arts des Peuples Premiers d’Amérique, ici même à New York. Petit, mais rayonnant. Pour l’instant, il ne vit que dans l’espace intérieur du soi. Mais là, il est très réel, et constitue une part importante de mon monde personnel.

Le vrai bonheur, ce serait de participer à la création d’un petit musée consacré aux arts des Peuples Premiers d’Amérique, ici même à New York. Petit, mais rayonnant.
— D. Popov
Ordo Ab Chao
Le grand jeu de l’esprit
Vous avez un parcours de mathématicien, formé à l’université de Moscou. Il existe une idée répandue selon laquelle l’esprit mathématique et l’esprit contemplatif seraient opposés. Pourtant, vous avez traduit les Brahma Sutra en russe — texte d’une abstraction métaphysique radicale née d’une profonde introspection — avant de trouver votre place au musée Nicholas Roerich.
Y avait-il, pour vous, une parenté secrète entre ces disciplines ? Les mathématiques et leur quête de logique pure, leur construction rigoureuse de mondes possibles, vous ont-elles préparé à la vision de l’Advaita Vedānta, qui perçoit un substrat unifié sous tous les phénomènes ?
Dmitry Popov:
Les mathématiques m’ont attiré dès l’enfance. C’est un grand jeu de l’esprit régi par une logique absolue qui me fascinait immensément.
Quant à l’opposition entre approche mathématique et approche contemplative, elle contient une part de vérité. Mais je n’ai jamais compris pourquoi il faudrait choisir entre elles, plutôt que d’utiliser ces deux contraires comme méthodes complémentaires.
D’un côté, les mathématiques exigent la rigueur logique la plus stricte. De l’autre, elles ne se limitent pas à la réalité ordinaire de notre monde. En mathématiques, tout ce qui peut être logiquement construit à partir d’hypothèses élémentaires — les axiomes — possède sa propre forme de réalité.
Ainsi, les lignes parallèles peuvent ne jamais se rencontrer, ou bien se rejoindre en un point infiniment lointain. Les mathématiques circulent librement parmi les nombres transcendants, les quantités infiniment grandes et infiniment petites, les processus indéfiniment ramifiés et les espaces à multiples dimensions.
J’étais particulièrement attiré par la géométrie analytique et la topologie. Leurs univers contiennent d’innombrables formes, espaces et dimensions. J’aimais aussi la logique mathématique, qui fait parfois de la pensée elle-même son propre terrain de jeu.
Rappelons aussi que la contemplation n’est pas totalement absente des mathématiques. L’intuitionnisme, par exemple, champ logique des logique mathématique, s’en approchent de très près.
Voilà comment les mathématiques ont fusionné avec le Vedānta et le Yoga dans mon esprit, durant mes années universitaires. Le fruit de cette union m’accompagne encore.
Quand on est jeune, on n’est pas toujours prêt à choisir sa voie. D’après mon expérience, une formation sérieuse dans l’une des sciences fondamentales, comme les mathématiques, peut offrir une base excellente tout en gardant de nombreux chemins ouverts.
Harmony, synthèse & non-dualité

La Banner of Peace, créée par Nicholas Roerich en 1930, devint l’emblème du Roerich Pact, premier traité international consacré à la protection du patrimoine culturel. Courtesy of the Nicholas Roerich Museum ©
Dans votre entretien de 2019 pour le Russian Art Gallery Journal, vous décriviez l’art de Nicholas Roerich comme un « réalisme épique » et sa vision du monde comme une « synthèse de la culture spirituelle de l’humanité ». Vous notiez également que sa carrière s’était déployée en dehors du courant tumultueux de l’art du XXe siècle.
En 2023, Revue Révolution publiait un dossier sur la disparition du polymathe. Nous y retraçions le déclin de l’intelligence intégrative de l’Antiquité à la Renaissance, puis dans l’ère moderne, où des figures comme Roerich sont devenues des exceptions plutôt que des normes.
Selon vous, qu’est-ce qui a nourri la polymathie de Roerich ? L’effervescence du l’Âge d’argent russe, son tempérament introspectif, quelque chose de plus discret encore ?
Dmitry Popov:
Je crois que votre intuition concernant l’Âge d’argent russe est tout à fait juste.
En Russie, du premier quart du XXe siècle jusqu’à ces deux premières décennies, un phénomène culturel saisissant se produisit: vision du monde exceptionnellement universelle, perception holistico-mystique de la vie, et désir de synthétiser les diverses traditions diverses de l’humanité dans un grand tout.
Cet élan culturel s’exprima avant tout en poésie, dans les arts visuels et en philosophie. Beaucoup de ces tenants de l’Âge d’argent cherchèrent aussi un accomplissement parallèle en science.
Ces intellectuels d’un nouveau genre puisèrent profondément dans l’héritage d’Helena Blavatsky, qui tenta de rassembler dans un même courant les sagesses indo-tibétaine, la Kabbale juive, les intuitions néoplatoniciennes de la Grèce antique, ainsi que divers éléments des mysticisme et ésotérismes européens.
Madame Blavatsky invita également à une synthèse entre science naturelle, religion et philosophie, auquel les chantres de l’Âge d’argent ajoutèrent les arts et la poésie.
Roerich incarne certainement l’expression la plus aboutie, la plus brillante de ce mouvement. J’aimerais ici mentionner une figure encore peu connue en Occident : Daniil Andreev, fils de l’écrivain Leonid Andreev, proche de Roerich. [3]
Dernier poète de l’Âge d’Argent, il offrit au monde une vision spirituelle immense, alors qu’il était en détention pour dissidence politique : La Rose du Monde [4], future religion universelle embrassant les traditions du passé et fondée sur un mythe plus profond de l’humanité.
Pendant des années, il composa cette œuvre intérieurement, la gardant en mémoire. Après sa libération, à la fin de sa vie, il parvint à la mettre par écrit. Le livre subsiste et offre à de nombreux lecteurs de profondes intuitions intérieures.

Le regard non-duel
Notre numéro 2026 s’intitule The Non-Dual Gaze (le regard non-duel, en traduction française). Pour nous, cette expression désigne une méthodologie curatoriale : l’effort de percevoir l’unité sous la diversité, de reconnaître que les différences ne sont pas des divisions, mais des expressions harmonieuses à l’intérieur d’un champ relationnel plus vaste.
D’après votre expérience, l’art et la poésie peuvent-ils permettre de cultiver un tel regard ? Un conservateur de musée peut-il le développer par la discipline, ou est-ce une grâce accordée à de rares tempéraments ? Si l’on pouvait l’enseigner, à quoi ressemblerait une telle pédagogie ?
Dmitry Popov:
Je ne crois pas que la philosophie de l’unité puisse être inculquée par l’art — ni par aucune activité extérieure. Elle ne peut être réalisée qu’à travers une contemplation profonde, que nous appelons aussi méditation.
Ce n’est pas un hasard si cette tradition méditative apparaît sous des formes diverses en Inde et au Tibet à travers les yogas hindou et bouddhique ; en Extrême-Orient par le Chan et le Zen ; au sein même des pratiques contemplatives des peuples autochtones des Amériques
C’est ce processus qui permet le mystère de la transformation intérieure. Dans ce cadre, la rigidité dogmatique, ou encore des pratiques imposées ne servent à rien souvent, et se transforment bien souvent en obstacles. C’est pourquoi les gurus, maîtres spirituels et shamans insistent tous sur l’importance de l’ouverture.
Il y a peut-être une autre chose qui peut mener à la contemplation : une question qui vit réellement en vous, et à laquelle vous cherchez sincèrement une réponse.
L’abandon de la division fatale entre la réalité dite objective, tenue pour pleinement réelle, et la réalité subjective, reléguée au rang d’illusion, est également vital. Selon mon expérience, ces deux dimensions sont profondément entremêlées et mutuellement dépendantes.
Nos ancêtres le concevaient déjà intuitivement et s’en servait dans la vie quotidienne. Plus tard, les systèmes religieux dogmatiques ont souvent enfermé la conscience dans des formulations rigides. Puis l’essor des sciences positives a apporté une connaissance extraordinaire du monde extérieur, confiant ainsi les richesses du monde intérieur aux mystiques, aux poètes et aux artistes.
Il est peut-être temps de réunir ces deux moitiés de la réalité humaine.
Agni Yoga et le roerichologue

Vous vous êtes un jour décrit, rétrospectivement, comme un « roerichologue novice ». Le terme m’a frappée. Il suggère non seulement un admirateur ou un chercheur, mais quelqu’un engagé sur un chemin d’étude, de transformation et de réalisation.
Nicholas et Helena Roerich développèrent une discipline spirituelle connue sous le nom d’Agni Yoga — le yoga du feu. Le feu n’est pas seulement l’élément de la transformation et de la purification, mais aussi celui de la vision, la force qui réduit les obstacles en cendre et illumine ce qui était caché.
Comment êtes-vous devenu roerichologue en ce sens plus profond ? Est-ce une affaire d’étude, de pratique, ou des deux ? Et quelle place l’Agni Yoga — ses enseignements, ses disciplines, sa vision du monde — occupe-t-il dans votre compréhension de l’héritage de Roerich ?
Dmitry Popov:
Oui, vous avez raison — c’est une question très intéressante : comment les chemins du disciple, de l’étudiant et du chercheur critique se rejoignent-ils en une seule personne ?
J’ai découvert la philosophie de Nicholas Roerich durant mes années universitaires, à une époque où je ne possédais encore aucune véritable méthode savante. J’étais simplement émerveillé par les horizons de compréhension créative et spirituelle qui s’ouvraient devant moi.
Naturellement, je suis devenu un fervent admirateur de ce maître. Je me suis plongé dans ses contes, ses paraboles, ses récits, ses essais, ses peintures et ses écrits spirituels. En même temps, j’ai commencé à étudier les sources qui l’avaient nourri : les fondements du Vedānta et du Yoga, ainsi que les œuvres d’Helena Blavatsky, Swami Vivekananda et Rabindranath Tagore.
Mais bientôt, ma formation universitaire et mon instinct critique éveillèrent un autre élan : le désir de comprendre la vie de Nicholas Roerich et d’étudier son héritage littéraire, artistique et spirituel avec davantage de rigueur.
Avec le temps, ces deux voies — la voie du disciple et la voie du chercheur — fusionnèrent en moi dans une unité indivisible.
Aujourd’hui, je ne peux imaginer l’une sans l’autre.
Seule la voie de l’enquête critique et impartiale permet de découvrir une grande richesse de vérités factuelles, de nuances et de compréhension historique. Mais seule la voie du chercheur sympathique permet d’entrer dans l’essence intérieure d’un sujet et de l’interpréter avec profondeur.
Une vision véritablement holistique — ou non-duelle — de Roerich est impossible sans l’union de ces deux approches. Séparément, chacune demeure partielle.
Au fil des années, j’ai rencontré de nombreux admirateurs de Roerich devenus fanatiques et sectaires, ainsi que de nombreux universitaires qui n’ont jamais réussi à saisir l’essence vivante de son héritage.
Ces deux voies — celle du disciple et celle du chercheur — ont fusionné en moi dans une unité indivisible. […] Une vision véritablement holistique de Roerich est impossible sans l’union de ces deux approches. […] Séparément, chacune demeure partielle.
— D. Popov
Inertie, Fragmentation, et Crise
de Transmission

Aujourd’hui, la situation de l’art est singulière. Il n’y a plus de mouvement unificateur, plus de langage ou symbole partagé, plus d’aspiration commune vers la transcendance. Les artistes sont fragmentés, les discours hyper-spécialisés, et le marché récompense davantage la nouveauté au détriment de la profondeur.
Le public, quant à lui, juge avec ses pieds. Beaucoup de musées n’ont toujours pas retrouvé leur niveau de fréquentation d’avant la pandémie, et les expositions exigeant une médiation conceptuelle lourde attire moins le public, qui continue de préférer les formes d’art classiques, parce qu’elles abordent des questions pérennes, plus accessibles à tous. Sur les réseaux sociaux, des vidéos se moquant de l’opacité de l’art contemporain cumulent des millions de vues. Ce n’est pas seulement un cynisme marginal ; c’est un symptôme.
En tant que conservateur, au sein d’un musée consacré à une figure qui mena toute sa carrière en dehors de « l’art officiel, » des courants dominants, que vous évoque cette situation? Fait-elle partie d’un cycle naturel, d’un épuisement historique ?
Dmitry Popov:
Je suis tout à fait conscient de la baisse de fréquentation de nombreux musées d’art après les confinements liés au COVID-19. Ce qui est plus surprenant, c’est que la popularité de notre musée a considérablement augmenté, en particulier chez les New-Yorkais eux-mêmes, comme s’ils avaient besoin de nourrir quelque chose qui a été longtemps négligé. Je crois que les New Yorkais ont soif de transcendance, de paix spirituelle, de tranquillité et de contemplation de la beauté pure.
Quant à l’art contemporain, je partage largement l’intuition des visiteurs ordinaires. L’art est, en fin de compte, fait pour les êtres humains, et nul n’est tenu d’admirer quelque chose simplement parce qu’on lui dit que c’est important. On a pleinement le droit de répondre aux œuvres selon l’impression réelle qu’elles produisent sur soi. Les artistes, les critiques et les conservateurs ont également le droit de proposer leurs interprétations. Mais le jugement final appartient au public.
L’esprit humain, consciemment ou non, aspire à la transcendance. Il n’est pas naturellement enclin à prendre un non-sens pour de la profondeur. On est libre d’affirmer que tout ce qui est obscur est profond, mais personne n’est obligé d’être d’accord avec soi. C’est la vieille histoire des habits neufs de l’empereur.
Permettez-moi un exemple tiré du MoMa, musée que j’aime sincèrement. Presque tout ce qui s’y passe m’intéresse, mais tout ne me procure pas de joie ni le sentiment d’être en présence d’un art véritable. Beaucoup de choses y ressemble davantage à un jeu amusant qu’à un art visuel au sens profond.
Je crois que New York a grand besoin d’un petit musée conceptuellement cohérent, et consacré à un art contemporain véritablement transcendant — un lieu où l’on pourrait découvrir que la création contemporaine ne se réduit pas à l’expérimentation pseudo-intellectuelle, mais peut encore produire des œuvres authentiques qui résonnent dans le cœur et dialoguent avec la conscience.
Je crois également que cette ville a profondément besoin d’un musée d’art autochtone. D’un côté, l’art autochtone est enraciné dans l’histoire ancienne de ce continent. De l’autre, de nombreux artistes autochtones travaillent aussi avec des formes modernes et contemporaines. Il en résulte un corpus singulier qui unit profondeur ancestrale et invention moderne à travers de nombreuses écoles, mouvements et styles. C’est là un courant important de l’art contemporain.
Je connais de nombreux artistes américains, canadiens, et même japonais, dont l’œuvre a été inspirée par les traditions autochtones. Ce n’est pas un hasard, mais un phénomène digne d’une étude plus approfondie.
Plus généralement, nos grandes villes — surtout celles qui sont aussi des destinations culturelles mondiales — ont besoin de petits musées atmosphériques, conceptuellement pensés, comme le Musée Nicholas Roerich, le Musée Noguchi ou le Musée Marlene Yu.
Les êtres humains sont limités dans la quantité d’informations et d’intensité émotionnelle qu’ils peuvent absorber de manière significative dans un temps donné. Dans les grands musées, les impressions peuvent se brouiller jusqu’à devenir une accumulation presque vide de sens, à moins que le visiteur ne développe un chemin d’attention clair.
Dans les petits musées, les conservateurs peuvent souvent aider à tracer ce chemin. Enfin, dans une situation idéale, les musées devraient aussi soutenir les artistes émergents. Aux côtés des expositions thématiques, ils devraient présenter des expositions personnelles de jeunes talents au début de leur parcours.
Les boutiques de musées sont des petites pépites, mais ce serait merveilleux d’avoir de véritables galeries au sein des musées, des lieux d’exposition qui soutiennent concrètement les artistes, tout en permettant au public d’introduire des œuvres authentiques dans leur propre maison. Cela n’a fondamentalement rien à voir avec un poster, fusse-t-il le plus beau.
The Myth of Tantalus
— ressources, mécénat et projets qui ne vivent encore que dans l’espace intérieur du soi
Chez Revue Révolution, il est de tradition de conclure nos entretiens par une question simple : De quoi avez-vous besoin ?
Dmitry Popov:
Avant de répondre directement, j’aimerais noter deux choses au sujet de ceux qui ont besoin de quelque chose — et de ceux dont on a besoin.
Premièrement, quiconque possède les connaissances et les compétences nécessaires pour réaliser un projet de valeur véritable a aussi besoin de ressources pour le faire vivre. Le plus souvent, cela implique de trouver une personne partageant l’élan du projet, sans forcément posséder la même expertise, mais disposant des moyens nécessaires pour soutenir l’œuvre.
Deuxièmement, il arrive parfois que la situation soit inverse. Ceux qui possèdent des ressources cherchent une personne capable de donner forme à leurs aspirations.
Permettez-moi d’illustrer cela par des exemples tirés de la vie de Nicholas Roerich.
Au début du XXe siècle, le jeune Nicholas Roerich — fraîchement diplômé de l’Académie impériale des beaux-arts et de l’Université de Saint-Pétersbourg — obtint un poste modeste au sein de la Société impériale pour l’encouragement des arts. Il s’y distingua rapidement et fut nommé directeur de son école d’art. En dix années seulement, cette institution devint l’un des fleurons artistiques de toute la Russie, et fit la fierté de l’Académie elle-même.
Après la Révolution russe, ayant perdu à la fois sa patrie et son statut, Roerich arriva à New York avec un immense savoir et de grandes capacités, mais sans argent. Il y rencontra des personnes prêtes à l’aider à réaliser ses idées, ainsi que d’autres heureuses de les financer. Grâce à cela, il put fonder un institut d’art, un musée, un centre d’exposition, une maison d’édition, et bien davantage.
Après sa mort, deux de ses plus proches amies américaines, Zina Fosdick et Catherine Campbell, qui soit dit en passant, se supportaient à peine, unirent pourtant leurs forces pour créer un musée consacré à l’Œuvre de Roerich à New York. L’une apporta l’énergie créatrice, l’autre, l’argent. Grâce à cette alliance, un joyau culturel fut offert à la ville de New York, aux États-Unis, et au monde entier, le Nicholas Roerich Museum, où j’ai aujourd’hui la bonne fortune de servir comme conservateur.
Il semble donc que tout projet culturel sérieux exige trois choses : la connaissance, l’effort humain et le soutien financier. On trouvent rarement les trois en une seule personne. Souvent, c’est au gré de nos rencontres…qu’on les rencontre.
Pour faire connaître l’art et la pensée de Roerich internationalement, qu’est-ce qui aiderait le musée — et ce travail de rencontres nécessaires?
Dmitry Popov:
Tout ce qui peut contribuer à faire mieux connaître la vie et l’héritage créatif de Roerich est souhaitable.
Comme toute chose porteuse de sens, le Musée doit d’abord devenir visible auprès de ceux qui ne le connaissent pas. Ensuite, ils décideront eux-mêmes de la place qu’il pourra prendre dans leur propre vie.
La forme compte également.
Sur les réseaux sociaux, un post simple exprimant son émoi en étincelles lumineuses. En vidéo, un récit vivant et émouvant porté par de belles images. Pour les essais, articles et autres entretiens, écrire pour captiver, capter l’attention. Dans des monographies sérieuses, les articles de fond, richesse de faits bien documentés, d’interprétations muries par la réflexion, exprimé avec style.
Tout cela a de la valeur, et nous accueillons avec gratitude toute aide sincère dans cet effort.
Et pour vous-même — en tant que conservateur, traducteur, collectionneur, écrivain, artiste — de quoi avez-vous besoin pour poursuivre votre propre chemin ?
Dmitry Popov:
Ah, voilà peut-être la question la plus difficile. (Dmitry sourit)
La créativité n’exige que très peu : du silence, de la tranquillité et du temps. Mais les projets modestes ou ambitieux exigent aussi les moyens pratiques que j’évoquais plus tôt. D’autres défis m’attendent, par ailleurs. Par exemple : comment trouver un agent littéraire ou un éditeur pour des livres écrits en russe, qui nécessitent d’abord une véritable traduction littéraire en anglais ?
Et bien sûr, on peut encore rêver de rencontrer un mécène touché par l’idée de créer à New York un musée d’art autochtone contemporain. Pour l’instant, cela demeure une part importante de ma vie intérieure.
Enfin, y a-t-il quelque chose que je n’ai pas demandé: un point urgent de l’héritage de Roerich ou de votre propre travail, un aspect vous semblant aujourd’hui le plus vivant, et le plus nécessaire à formuler ?
Dmitry Popov:
J’avoue que c’est remarquable. J’ai accordé beaucoup d’entretiens au cours de ma vie, et j’ai presque toujours eu le sentiment qu’il restait quelque chose à ajouter. Et pour la première fois, je peux dire que vos questions m’ont donné l’occasion d’exprimer tout ce que je souhaitais dire sur ce sujet.
Merci, Dmitry Popov.
Murielle Mobengo
Editor, Revue Révolution
[2] John Travis, Eduardo Duran, Fred Wahpepah, Lorain Fox Davis, Tsultrim Allione, Susan Murphy, Indigenous Dharma: Native American and Buddhist Voices
[3] Voir page 43 du Dictionnaire de la philosophie russe]
[4] Il n’existe pas de traduction française de ce texte. Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Roza_Mira

UN POLYMATHE DISCRET

NICHOLAS ROERICH
Renaissance, es-tu là?
Dernier polymathe, premier moderne. Découvrez l’œuvre d’un naturaliste, artiste, explorateur, diplomate, philosophe, et mécène à l’énergie créatrice hors du commun.

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Le retour
Découvrez notre édition muséale en anglais. Synthèse culturelle et diplomatie de l’esprit, en conversation avec des institutions prestigieuses tel que Temenos Academy (Londres) et le Nicholas Roerich Museum à New York
